Association des Ecrivains et Artistes Paysans
AEAP

Prix littéraire Louis Malassis

REMISE DU PRIX LITTERAIRE LOUIS MALASSIS 2009.

Prix crée par l'Association Paroles de Paysans du Monde en collaboration avec l'Association des Ecrivains et Artistes Paysans, décerné le 22 novembre 2009 sur le site du CIHEAM-Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier sous la Présidence de Gérard Ghersi et Chantal Olivier.

Lauréate : Nicole FAUCON -PELLET pour son livre le secret de la RABASSIERE

Le livre raconte l’histoire de Mina, une Berbère de l’Atlas Marocain qui épouse Philippe un paysan de la Drôme et se prend de passion pour la truffe. Si Mina apprend à trouver le "diamant noir" guidée par l’odorat de ses chiens et les conseils du vieux Jules son beau père, elle doit aussi dénouer un secret qui pèse sur la famille Polignac, un secret enfoui au fond des êtres autant que la truffe sous la terre. C’est dans le tome 2, LA RABASSIERE AU PAYS DES BERGERS, que ses lecteurs découvriront les marchés aux rabasses (la truffe en provençal) du Tricastin, la cueillette des terfez au Maroc, le pays Touareg, en même temps que le dénouement de cette histoire.

Nicole Faucon-Pellet s’est fait connaître par ses recueils de nouvelles TERRE D’ARDECHE, TERRE DE PASSIONS et ARDECHE SOLEIL D’ORAGE et des récits ethnographiques : LA TUADE DU COCHON et LA DERNIERE CHARBONNIERE DE L’ARDECHE. Elle s’apprête à récidiver avec un nouveau roman LE FOURNIL DE CESAR.

 

Je remercie l’Association Paroles de Paysans du Monde et l’Association des Ecrivains et Artistes Paysans de m’avoir décerné le prix Malassis 2009.

C’est entre deux clients dans ma Boulangerie à Saint-Remèze, en basse ardèche, que j’ai appris, par la voix de Gérard GHERSI que je venais d’obtenir cette distinction. Mon cœur s’est mis à battre plus fort, j’ai quitté la caisse avec précipitation pour savourer ma joie d’abord en solitaire, avant de la faire partager à mes proches puis à mes amis.

Ainsi donc mon SECRET DE LA RABASSIERE rajoute une petite enjambée à LA LONGUE MARCHE DES PAYSANS FRANÇAIS.
Ainsi donc mon SECRET DE LA RABASSIERE rajoute une ligne dans les annales des amis écrivains et artistes paysans.

Alors je vous dis merci, sincèrement, du fond du cœur, de récompenser mon livre et à travers moi mes ancêtres, mes compagnons de route, mes parents, les trufficulteurs, les gastronomes, et ces fidèles chiens truffiers qui n’ont pas toujours été bichonnés comme aujourd’hui.  

Ainsi donc moi l’Occitane rejoint le Breton Louis Malassis sur la lignée des paysans du monde entier, parce que le savez vous la truffe pousse partout, sur tous les continents, même au Sahara après la saison des pluies.

Encore merci pour ce bel encouragement et si je ne suis pas une oratrice, mais plutôt une raconteuse d’histoire,  je vais tenter de vous dire qui je suis.

Je ne suis pas bien vieille, juste le demi siècle un peu passé.
Je me souviens de ce monde agricole qui a abrité mon enfance, de la mule Roubine remplacée par le premier Massey Ferguson, du chevreau égorgé pour Pâques. Je me souviens de l’agneau sorti du ventre de la brebis avec les mains lubrifiées au savon de Marseille, des chatons noyés sous l’œil de la mère chatte, des cabinets de toilette à l’autre bout de la ferme, dehors, dans l’obscurité, du raisin foulé au pied, des chaussettes rapetassées le soir à la veillée, de la course pour rentrer les ballots avant l’orage,
Je me souviens de ces femmes et de ces hommes penchés sur la terre, quand le mistral souffle en rafale, quand le gel emprisonne la terre de ses griffes, quand le troupeau mange même le dimanche, même les jours fériés.
C’est de là que vient mon désir d’écrire : de mon enfance.

J’ai voulu dire la difficulté et le bonheur d’être née paysanne et de l’être restée, même si la vie m’a entraînée ailleurs.
En effet je suis femme de boulanger, je me lève tôt. Le matin, après les salutations à mes chats, le premier café avalé, le boulanger parti à son fournil, je me consacre une bonne heure à mes écritures. Après, la journée m’engloutit, d’une tâche à une autre, d’un client à l’autre, d’une lessive à un repas, d’une lecture à un rangement, le soir arrive, déjà.
L’écriture c’est comme un semis, parfois les conditions météos et psychos sont réunies, ça coule tout seul ; d’autres fois je souffre, je remets dix fois sur le métier mon ouvrage, le levain ne germe pas, la mycorhize manque d’eau.

Ma petite Mina, mon héroïne du SECRET DE LA RABASSIERE, je l’ai rencontrée au Maroc, près d’Imilchil. . Elle vivait dans une grande maison en pisé, avec une tribu de frères et sœurs, nous dormions au sous-sol, juste à côté de la vache C’était une petite brunette mince comme un fil, jolie comme un coeur. Le soir autour d’un minuscule feu de bois, Mina avait si froid que mon mari mettait ses pieds nus dans son bonnet de laine. J’ai imaginé un destin à cette fillette. Je l’ai placé dans le monde de la rabasse, la truffe en occitan, ce monde que j’ai voulu mettre en mots. C’est ainsi qu’est né LE SECRET DE LA RABASSIERE.  

En effet, je voue un culte à la truffe. Aujourd’hui où l'homme croit maîtriser son environnement, la trufficulture reste l'un des rares domaines où le terroir résiste. Je le connais bien ce terroir ; je suis fille, petite fille et nièce de trufficulteur, ma maison est au milieu des truffiers, j'ai entendu tous les secrets des vieux rabassiers. J'ai entendu aussi ces paysans, qui en parlent pendant des heures sans jamais épuiser le sujet, j'ai vibré avec ces "fous" anonymes qui se sont laissés envoûter par les beaux yeux de la "Tuber melanosporum". Enfin j'ai eu la chance de rencontrer des scientifiques passionnés avec qui j'ai appris l'infinie complexité de cette truffe.

Dans mon livre où sommeille la féministe et la révoltée, j’ai voulu aborder aussi la place d’une jeune maghrébine dans ce milieu particulier de la truffe où coutumes et légendes continuent à se perpétuer et où les femmes sont cantonnées dans des rôles bien définis. Mina est doublement opprimée, victime de solitude dans un monde essentiellement masculin, loin de ses racines berbères, elle se bagarre aussi contre un mari passéiste pour assurer son indépendance et pour mener à bien sa quête de vérité.

Ce prix est un bel un encouragement et comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est juste au moment où mon nouveau livre LE FOURNIL DE CESAR sort de l’imprimerie. Là c’est le monde de la boulange que j’ai voulu mettre sur la sellette. Mais c’est une autre histoire que je vous raconterai un jour peut-être.
Merci à toutes et à tous.  

 
 
PRIX   LOUIS  MALASSIS  2008

Lauréat : Jean Louis QUEREILLAHC pour son livre

 

3 Sillons de terre rouge (Editions de Borée, 504 pages)

 
                        Entre les années 50 et 70 c’est l’itinéraire d’un jeune homme de bonne famille qui rentre  du STO suivi pour lui  de la guerre d’Indochine. Il veut  reprendre le domaine familial  échu à un vieil oncle dans le pays Gersois. C’est l’époque charnière de la révolution silencieuse où dans  les fermes disparaîtront peu à peu ces « commis » qui partageaient souvent le gîte et le couvert des patrons. Ces patrons  ont pour lors la charge d’assumer l’adaptation de leur outil de travail à savoir la terre, à l’économie de marché. Le lecteur est installé dans la vie  quotidienne de Christophe Solignac : ses voisins,  les productions (vigne, maïs, vaches à viande et laitières),  les coopératives, le crédit agricole, les manifestations paysannes, les bonnes et les mauvaises récoltes….. Il y aura place aussi pour les histoires personnelles de tout à chacun , les couples qui se forment, les naissances, les morts, les accidents…la vie sous toutes ses facettes…Le  tout est émaillé de réflexions et d’opinions sur l’évolution des choses.

            La mise en scène de l’histoire fait de ce livre un roman. Le thème principal est la  vie à la terre, les batailles  livrées  pour  y rester. L’auteur y ajoute le piment des intrigues amoureuses, les heurts et malheurs de tous ces personnages hauts en couleur qui peuvent surprendre des regards  venus d’autres provinces, mais n’oublions pas que nous sommes en pays  de Gascogne  chez  les  trois mousquetaires. Les situations apparaissent plus vraies que nature, c’est le propre du roman. Néanmoins  les détails sur les chantiers de travail, sur les aléas climatiques, (la sécheresse de 76, les inondations de 77) sur la construction des coopératives agricoles, les soucis d’un maire rural, l’arrivée des rapatriés d’Algérie…… apparentent ce roman au récit témoignage.

            Le style est ample, délié, l’auteur maîtrise l’alternance des descriptions, des narrations, des réflexions, des dialogues. Cependant, l’emploi des mots vulgaires qui font partie certes du langage parlé  dessert souvent la finesse de perception avec laquelle sont relatés les faits et les sentiments.

            Ce livre a la saveur  des fruits dans lesquels on mord à pleines dents  et dans lesquels on  trouve  mêlés au délice de la maturité, l’amertume de la partie abîmée. Les paysages sont décrits avec le ressenti de celui qui les regarde, les réactions des hommes et des femmes sont exprimées dans toute leur complexité. Tous les grands thèmes d’une vie  d’Homme sont  abordés : l’amour, la joie des naissances, les différentes façons de mourir, les accidents,  la foi chrétienne, l’importance de la famille.   De nombreuses réflexions  émaillent le livre et dans leur profondeur, parachèvent  sa dimension humaniste : « ……cette patience des paysans qui ressemble à un renoncement perpétuel…. »

            Ce livre est un véritable ambassadeur d’un exemple de vie à la terre dans une région et une période données. Il a le pouvoir attractif du roman et la véracité des faits vécus. Il touche les cœurs et renseigne les esprits. C’est un outil de communication apte à balayer un large public, celui des champs mais aussi celui de néo-ruraux et des citadins ayant des racines paysannes.

 

 

ALLOCUTION DE JEAN-LOUIS QUEREILLAHC

LAUREAT DU PRIX LITTERAIRE LOUIS MALASSIS 

LE 16 OCTOBRE 2008

            Mes premiers remerciements iront à Monsieur Billaz qui  a présenté ma personne à votre assemblée. C’est un exercice difficile que j’ai souvent pratiqué au cours de ma carrière de maire. On ne doit parler que des qualités de la personne à laquelle on s’adresse. Il n’a pas  failli à la règle, doive ma modestie en souffrir. Je le remercie particulièrement de la mention qu’il a fait de ma carrière d’élu local. On ne dira jamais assez le rôle qu’ils ont joué dans la modernisation des campagnes et dans l’évolution de l’agriculture. J’ai beaucoup de fierté d’avoir été l’un des leurs.

            Je me tourne maintenant vers les membres du jury du prix littéraire car c’est mon livre qui a été choisi et non l’auteur. C’est à mon écriture que leur jugement s’est intéressé et c’est là que je trouve la vraie récompense de celui qui s’est voulu écrivain. Pour un imprimeur l’écriture  est une suite de « signes » ; plus de 500 000 dans le cas présent. Pour l’écrivain ces signes ce sont des mots. Des mots qu’il a choisis, des mots qui ont fait des phrases, des phrases qui ont donné des textes construits à partir d’un vécu ou d’un imaginaire  et qui doivent attirer l’attention  du lecteur, susciter son intérêt et provoquer ses émotions. Ma joie est grande de voir cette écriture, mon écriture, ainsi reconnue et récompensée. Je vous en exprime ma reconnaissance.
            Merci aussi pour la Terre que vous avez trouvé présente sans cesse dans mes pages. La Terre nourricière mais aussi la Terre aimée à laquelle on peut vouer une vie. Elle est le vrai personnage de mon récit et je l’écris toujours avec un « T » majuscule.

            Merci pour la reconnaissance que vous faites des héros de mon roman, ceux qui vivent sur cette Terre et qui en vivent avec leurs joies, leurs peines, leurs colères et parfois leurs drames, leur courage aussi.  Courage moral de croire et d’entreprendre  sous le soleil du Bon Dieu qui est souvent le soleil de Satan. Courage physique aussi car qui n’a pas trimballé des tuyaux d’arrosage, de jour et de nuit dans une sécheresse qui n’en finit pas de durer, ne peut pas comprendre cela…. Et ces hommes de foi ont mis sur pied les structures sociales de l’Agriculture moderne la mutualité, le crédit et surtout la coopération « fille de la misère » et souvent de l’exploitation familiale. C’est là que mon livre a croisé le chemin de Louis Malassis  et de sa « Longue marche des paysans français »…

             Je voudrais terminer mes remerciements par un souhait :   Etre le premier d’une longue série de prix « Louis MALASSIS » ; Cette longue série qui était dans ses vœux, dépend désormais de votre volonté et de vos ambitions :

 La première auprès du Ministère de l’Agriculture où sous le haut  patronage du ministre et  de vos qualités universitaires, faire que le prix « Louis Malassis » prenne la relève des anciens pris Sully et Olivier de Serres, en sommeil depuis bientôt 10 ans.

La seconde c’est  que vous assuriez la promotion du prix « Louis Malassis » non seulement dans le cadre de l’enseignement agricole mais dans tout le relationnel qui entoure AGROPOLIS.

            Enfin ne pas se contenter de placer le prix dans la bibliothèque réelle ou virtuelle de cet imposant complexe mais dans ses actions de développement, car le prix peut être littéraire, historique, scientifique et pourquoi pas les trois à la fois ?


            La pérennité des Prix c’est non seulement  honorer la mémoire de Louis Malassis mais c’est de le garder « VIVANT » parmi nous.
                                                                                    Jean-Louis QUEREILLAHC

 

 

 

 

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