Association des Ecrivains et Artistes Paysans
AEAP

Qu'est ce que l'A.E.A.P ?

Qui sommes-nous?

Mais pourquoi donc avoir créé une association d’écrivains-et-artistes-paysans ?

Ces écrivains seraient-ils différents des autres écrivains ? Et ces artistes des autres artistes ?

Si c’était le cas, en quoi ? Quelle serait alors leur spécificité ?

Le thème développé ? Mais dans ce cas, suffirait-il d’écrire sur la vie rurale pour se revendiquer paysan ? Y aurait-il une forme de pensée rurale ?

Quel est donc ce trait d’union qui relie les mots « écrivain » ou « artiste » et « paysan » et qui relie entre eux en fraternité, tous les écrivains et artistes paysans?

 

« La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers. » Charles Baudelaire

Les pieds dans la glaise et le regard scrutant les nuages, plus que nul autre, le paysan vit en symbiose avec la nature. Son travail, au rythme des saisons, l’amène à intervenir  sur l’évolution des espèces animales et végétales qui l’entourent au quotidien. De leur compréhension et de leur respect, dépendront les récoltes. Car bien avant que le terme ne devienne à la mode, le paysan a toujours pratiqué une agriculture raisonnée. L’eau, la terre, le ciel et l’air, les quatre éléments définissent son terrain d’action. De leur équilibre et de leur maîtrise ou de leur soumission, dépend l’avenir de l’exploitation.

 

C’est ainsi que le paysan avance sur son chemin, tous les sens en éveil afin de discerner le moindre signe de danger, d’anticiper les aléas climatiques, de prévenir les maladies.

Il accorde son pas au rythme du troupeau, sa respiration au souffle du vent. Au centre du cercle de sa propriété, il gouverne son monde dans une parfaite harmonie universelle.

Autour de lui des « forêts de symboles » lui parlent, et leurs paroles, confuses pour les citadins en balade, sont pour lui claires et limpides car il n’est pas de passage dans ce temple, en visiteur, mais il en fait partie de façon intrinsèque. Il en est lui-même un des vivants piliers.

Alors, peu à peu, de jour en jour et d’année en année, du moment où le jour se lève jusqu’au coucher du soleil, le paysan écoute, médite et s’approprie les messages de la nature. Les innombrables symboles qui l’entourent lui donnent d’inestimables leçons de vie. Ils l’imprègnent et le façonnent, le polissent telle une pierre charriée par le courant, à son insu, en catimini, subrepticement. Ils développent en lui une connaissance intuitive des choses. Il ne s’agit pas de la connaissance prédigérée, plus ou moins bien assimilée, qu’apportent livres et études, mais d’une connaissance profonde, relative à l’essence même de la vie.

Au fil du temps il ressent la Force, la Puissance, la Sagesse et la Beauté de ces symboles incrustées au plus profond de son être et il éprouve alors le besoin impérieux d’en transmettre le sens, peut-être tout simplement parce que la transmission est le but essentiel de la Vie.

 C’est ainsi que, depuis les toutes premières gravures rupestres, le paysan peint, sculpte, tisse, chante, raconte, rend aux autres le meilleur que la nature lui a donné.

 

Voilà ce que partagent les écrivains et artistes paysans.

Voilà notre raison d’exister.
Jacqueline Bellino 

 

Historique

 Sortir les paysans de leur isolement en s’affirmant par l’écriture, traduire une mémoire entre tradition et modernité et la faire partager, tels sont les buts et la genèse de l’association des écrivains et artistes paysans. Quelques agriculteurs de métier, forts des bénéfices acquis de l’école républicaine et du syndicalisme agricole, héritiers du passé, se sont, en effet, inscrits dans cette trajectoire, qu’avaient tracée les Jacques Bonhomme, révoltés paysans, serfs, croquants, camisards, Rétif de la Bretonne où à une époque plus récente, Mistral et Giono.

Lucien Gachon, Daniel Halery, Emile Guillaumin, Pliléas Lebesque, Charles Bourgeois, Michel Maurette se rassemblent pour porter avec force les valeurs de la terre, se faisant «l’écho de la vie qui frémit et bruit en lui, autour de lui» écrira l’un d’eux, Lucien Gachon. Sous l’égide de Bourgeois, entouré de Guillaumin et Maurette, le «courrier des écrivains paysans» nait en 1946 mais n’a que peu de succès. Il faut attendre 1972 pour qu’une autre vague, acteurs et non plus simples observateurs de l’existence et des mœurs paysannes, reprenne cette idée de réunion d’écrivains, avec la ferme intention de donner sens et vie à cette littérature singulière et méconnue. Marius Noguès, Jean-Louis Quéreillahc, Jean Robinet, l’Abbé Granereau, Michel Maurette (encore plus passionné que jadis) et la toute jeune sociologue de l’époque, Rose-Marie Lagrave, sont de ceux-là.

Alors ces impertinents, du moins jugés comme tels par l’intelligentsia des écrivains chevronnés, parce qu’ils osaient manier la plume, vont donc s’immiscer par effraction dans ce monde de la littérature pour porter une autre image du paysan et de la paysannerie, pour faire partager leur expérience du tissu rural, dans lequel ils sont enracinés, et de la profession des champs, les faire connaître en allant à la rencontre du public des villes.

Ces écrivains vont s’unir, se rencontrer, rassembler, communiquer, échanger à travers une revue, «Le lien», une bibliothèque, maints salons à travers l’hexagone, se structurer et élargir leur périmètre et leur audience en réunissant autour d’eux d’autres messagers de la terre: musiciens, conteurs, peintres, sculpteurs, photographes. L’association devient alors celle que nous connaissons: «L’association des écrivains et artistes paysans, l’AEAP». Originaires de toutes les régions, ces écrivains et artistes qui se posent en paysans, non seulement parce qu’ils le sont pour la plupart d’entre eux mais parce qu’ils sont d’un pays, vont porter avec conviction la culture qui leur tient à cœur, qui fait leur quotidien, parfois leur raison d’exister, la culture «paysanne», créatrice des sociétés modernes.

Si l’histoire se veut la traduction fidèle d’hier, la source d’aujourd’hui, elle se doit d’ouvrir les voies du futur en impliquant et aidant les plus jeunes, écrivains ou artistes en herbe de nos établissements agricoles, qui, comme leurs aînés mais à leur manière, sont des amoureux de la terre, des terroirs, et de leurs hommes.

«Dans nos terroirs

Il est encore et toujours

Des cœurs qui vibrent,

Des têtes qui pensent

Et des mains qui créent…»

Chantal Olivier

10-12-14